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Roger Ebert a travaillé comme critique de cinéma professionnel pour le Chicago Sun-Times de 1967 jusqu’à sa mort en 2013. Durant cette période, il a révisé des milliers de films, utilisant souvent une échelle d’étoiles de zéro à quatre étoiles. Ebert a souvent écrit à quel point il détestait l’échelle des étoiles, car elle donnait l’impression que tous les films étaient comparables. Il a dû préciser à plusieurs reprises qu’un nombre d’étoiles mesurait la qualité d’un film en fonction de l’objectif déclaré du film. Ce n’était pas une manière de mettre les films à l’échelle. Lorsqu’Ebert a commencé à écrire une série d’essais sur les classiques les plus marquants de l’histoire du cinéma (une pratique bihebdomadaire qu’il a commencée en 1996), il a appelé cette série simplement « Grands films ». Pas « Les plus grands films » ou « Les meilleurs films ». Juste des super.
Les goûts d’Ebert étaient souvent imprévisibles, mais cela venait de sa vision profondément égalitaire du cinéma. Il a pris soin de secouer chaque film de manière égale. Il connaissait l’histoire du cinéma, mais Ebert prenait toujours soin de regarder le film, pendant qu’il se déroulait, juste devant lui. Il était l’être le plus rare : l’intellectuel populiste. En 2013, le monde a perdu un géant.
Grâce à son site internet, on peut trier les 8 107 avis rédigés par Ebertet même les trier par année et par nombre d’étoiles. Au cours de sa carrière, Ebert a donné 1 309 avis quatre étoiles. Ce nombre comprend cependant les rééditions de films plus anciens, tous les « Grands Films », ainsi que les réévaluations des films qu’il a « améliorés » afin de les inclure dans la liste des « Grands Films ». Si l’on veut être avare et n’inclure que les critiques quatre étoiles publiées par Ebert sur les nouveaux films, écrites dès leur sortie, ce nombre est encore élevé, totalisant dans les 900.
Vous trouverez ci-dessous cinq films quatre étoiles remarquables, un par décennie, sélectionnés dans cette liste.
Jacques Tati était l’un des plus grands comédiens de cinéma, à l’égal du génie de Buster Keaton ou d’Harold Lloyd. Ses films étaient calmes, sans incident et sans drame. Il n’écrivait pas vraiment d’histoires, évitait les burlesques violentes et perdait parfois de vue son protagoniste. Son chef-d’œuvre, “Les vacances de M. Hulot” de 1953, est emblématique du style de Tati, dramatisant généralement de petites vignettes amusantes d’une manière apaisante et accessoire. Un pinceau s’échoue au bon endroit. La glace d’un petit enfant arrive et tombe presque. Ce genre de chose. Petit humour accessoire.
En 1967, cependant, Tati était devenu ambitieux et cherchait à réaliser le plus grand film de sa carrière. Pour son film “Playtime”, Tati a construit toute une fausse ville – Tativille – pour que son innocent Hulot de banlieue puisse s’y promener. Hulot n’était plus dans une ville de campagne sûre, mais au milieu de l’étalement urbain. Là, Tati retrouvait encore des petits moments d’humour accessoire. L’enseigne au néon qui donne l’impression d’un prêtre est dotée d’une auréole. Les appartements superposés qui, vus correctement, ressemblent à des unités voisines interagissant étrangement. Le personnage Hulot de Tati (qu’il a joué) disparaît dans la ville et n’apparaît pas la plupart du temps à l’écran. En effet, il y a beaucoup de Hulot “truqués” tout au long du film (c’est-à-dire des gens portant la même tenue et fumant la même pipe), faisant voir au public que des morceaux du personnage transmigrent plus ou moins dans le public. Le film n’a pas de dialogue.
C’était aussi le film le plus long de Tati, avec 124 minutes. Cela se déroule au cours d’une longue nuit, et cela semble fatigant et satisfaisant, de la même manière qu’une fête qui dure toute la nuit à l’aube. C’est poignant, contemplatif et étrangement brillant. Ebert a finalement inclus “Playtime” sur sa liste de grands films.
Le western acide “El Topo” d’Alejandro Jodorowsky a quasiment lancé le phénomène du Midnight Movie aux États-Unis. Un exploitant entreprenant à New York a trouvé que “El Topo” était trop bizarre pour le grand public, mais s’il accueillait des cinglés après les heures d’ouverture (et, surtout, les laissait fumer de l’herbe au théâtre), alors “El Topo” jouerait comme des gangbusters.
C’est effectivement le cas. Le film de Jodorowsky parlait d’un flingueur (qu’il jouait lui-même) qui se lançait dans une quête pour vaincre plusieurs maîtres spirituels du désert lors d’une fusillade. Cela se déroule dans un pays peu spécifique, mais la violence se cache à chaque coin de rue. Le Pistolero et son jeune fils se retrouvent souvent à traverser des scènes de meurtre dignes d’un abattoir et à enjamber des rivières de sang. Alors que le Pistolero tue chacun des grands maîtres spirituels, il commence à comprendre à quel point il détruit horriblement le monde. La conquête violente détruit tout. Oui, c’est un film psychédélique qui peut être interprété de multiples façons.
Finalement, le flingueur est vaincu, abattu et laissé pour mort. Il est réanimé dans une grotte souterraine, soigné par des exclus et des personnes handicapées. Il devient lui-même un grand maître spirituel, renonçant à la violence et consacrant sa vie à la prière, au mime et à l’amour. Le fils que nous avons vu plus tôt (joué par Brontis, le propre fils de Jodorowsky) deviendra un nouveau flingueur.
Ebert lui-même a noté que les critiques sur “El Topo” sont frustrantes à lire parce que tout ce qu’ils peuvent faire, c’est décrire les événements à l’écran. Le film est si étrange et varié qu’une simple critique ne rendrait pas justice au matériel. “Le film existe comme une expérience inoubliable, mais pas comme une expérience compréhensible”, a écrit Ebert. Et cela, bien sûr, est une expérience exaltante en soi. C’est glorieusement surréaliste, sombre et ineffable. Et pourtant, nous pouvons le comprendre, symboliquement et émotionnellement.
Alors qu’Ebert commençait son examen” “Sugar Cane Alley” semble si directement issue de vieux souvenirs que c’est une surprise de découvrir que le réalisateur l’a basé sur un roman ; cela semble si réel que nous supposons qu’il l’a basé sur sa propre vie. ” Le film était le premier long métrage d’Euzhan Palcy, qui a ensuite réalisé “Une saison blanche sèche” et “Siméon”, et il se déroulait dans sa Martinique natale. C’est naturel au point de ressembler à un documentaire, même si l’action se déroule dans les années 1930. Le film suit un jeune orphelin nommé José (Garry Cadenat) alors qu’il est élevé par sa grand-mère Ma’Tine (Darling Legitimus). Lui et tous les autres membres de sa petite communauté rurale travaillent dans les champs de canne à sucre voisins, où ils sont maltraités et maltraités par les colonialistes français qui supervisent les récoltes.
L’histoire suit l’ascension scolaire de José, alors que lui et sa grand-mère (surtout sa grand-mère) travaillent sans relâche pour s’assurer qu’il puisse se permettre d’échapper à ses origines pauvres. José n’est pas toujours reconnaissant, mais il est suffisamment intelligent et intelligent pour voir qu’il a le potentiel de grandir ailleurs. Mais ce n’est pas une histoire ringarde d’Horatio Alger ou Mythe de JD Vance de la pauvreté à la richesse. Il s’agit d’une histoire honnête et texturée sur une époque et un lieu très spécifiques. Ebert a écrit : « « Sugar Cane Alley » voit son monde si clairement parce que c’est un travail interne », ce qui signifie que Palcy, également originaire de Martinique, savait tout sur les détails locaux.
Comme on l’a dit, plus une histoire est spécifique, plus elle devient universelle. Il n’est pas nécessaire d’être un garçon martiniquais des années 1930 pour comprendre et apprécier « Sugar Cane Alley ». C’est un film génial, qui rappelle “Pather Panchali” de Satyajit Ray, mais honnête sur les enfants, comme “Small Change” de François Truffaut.
Documentariste Errol Morris s’intéresse depuis longtemps aux étrangers fascinants, comme on le voit dans des films comme « Gates of Heaven » (sur un cimetière pour animaux de compagnie) ou « Vernon, Florida » (sur l’étrange ville titre). Dans son film de 1997 “Fast, Cheap & Out of Control”, Morris interviewe un quatuor d’étrangers loufoques qui recherchent tous le sens de la vie à travers leurs propres professions spécialisées. Morris a utilisé son invention remarquable, l’Interrotron (qui permettait au sujet d’une interview de regarder apparemment directement la caméra), pour parler à George Mendonça, un jardinier topiaire du Rhode Island. Il s’est également entretenu avec Rodney Brooks, un expert en robotique au MIT ; Dave Hoover, un dompteur de lions ; et Ray Mendez, un expert des rats-taupes nus. Qu’ont à voir ces quatre métiers les uns avec les autres ? Il faut avoir beaucoup de passion et d’expertise pour les faire fonctionner.
Et même si « Fast, Cheap & Out of Control » peut être apprécié comme une contemplation fantaisiste de travaux étranges, il se transforme lentement en prémisse philosophique au fil du temps. Voici quatre personnes qui cherchent à maîtriser leur coin du monde. Au sens camusien, ils font de leurs pierres leur affaire. Ebert a écrit dans sa critique que les quatre hommes « ont le même objectif : contrôler le monde d’une manière qui les rend heureux ». Les interviews sont entrecoupées d’une vieille série de films terribles intitulée “Darkest Africa”, mettant en vedette Clyde Beatty, un dresseur d’animaux que Hoover admirait beaucoup. Les clips ajoutent un élément de kitsch aux débats, mais révèlent également qu’un grand talent et une grande inspiration peuvent venir de n’importe où.
Bien entendu, c’était également la philosophie d’Ebert.
Les conversations principales de « 13 Conversations About One Thing » de Jill Sprecher portent toutes sur le bonheur. Le film est présenté en 13 vignettes, toutes suivant un groupe de six personnages. Il y a un avocat ambitieux Troie (Matthew McConaughey)un héros plus heureux que toi dont l’idylle personnelle prend fin lorsqu’il se livre à un délit de fuite. Il y a la femme de ménage en difficulté Beatrice (Clea DuVall), qui parvient d’une manière ou d’une autre à s’accrocher à son idéalisme même après avoir subi une blessure, provoquant la colère de sa collègue cynique Dorrie (Tia Texada). Il y a le couple d’âge moyen Walter et Patricia (John Turturro et Amy Irving), dont le mariage commence à s’effondrer lorsque Walker a une liaison avec un étudiant. Il y a Gene (Alan Arkin), un employé de bureau assiégé dont le fils s’enfonce de plus en plus dans la toxicomanie.
Les histoires finissent par se croiser, mais ce n’est pas le but de “13 Conversations”. Le film est contemplatif et, enfin, conversationnel. C’est comme un film de Jim Jarmusch, mais les conversations ont réellement une direction et un sens. Cela se produit dans ces moments où l’on se rend compte qu’ils ne sont pas satisfaits de leur sort et qu’ils doivent se demander quoi faire ensuite.
Ebert a été impressionné par le travail de Sprecher, écrivant qu’elle capturait quelque chose d’universel sur la condition humaine. “Le moteur qui anime la personnalité humaine” il a écrit“c’est notre désir d’être heureux au lieu d’être triste, diverti au lieu de s’ennuyer, inspiré au lieu de désillusionné, informé plutôt qu’ignorant. Ce n’est pas une affaire facile.” Pour Ebert, il s’agit d’un film sur le fait que rien n’a de sens et que le bonheur et la douleur sont tous deux aléatoires, malgré nos luttes vers l’un et loin de l’autre. Mais ce n’est pas un film nihiliste. Parce que nous sommes tous connectés, nous pouvons tirer de la joie de notre place dans le monde. La vie est amusante. Le bonheur est dans les fissures.